Méthodologie et nouvelle approche de l’enseignement musical

Description de la conférence donnée lors du salon Musicora le 28 Avril 2017 à la Cité de la Musique à Paris :

Que nous soyons dans une structure territoriale ou dans une école associative de musique, nous sommes tous concernés par l’évolution des méthodes d’enseignement.

À un moment où nous constatons des interrogations sur les méthodes pédagogiques utilisées, Jean-Pierre SIMON, Président de l’ANSEP2A (Association Nationale des Structures d’Enseignements et Pratiques Artistiques Associatives), accompagné d’Isabelle TAVAUX, Directrice de l’Ecole de musique l’Apprenti Musicien, et Charles-Edouard BERLIOZ, professeur de musique à l’Apprenti Musicien, viennent nous faire réfléchir sur cet enseignement si particulier, en illustrant leurs propos par un exemple de projet d’établissement.

Intervenants : Monsieur Jean-Pierre SIMON (Président de l’ANSEP2A) accompagné de Madame Isabelle TAVAUX (Directrice Ecole de musique L’Apprenti Musicien) et de Monsieur Charles-Edouard BERLIOZ (professeur de musique à l’Ecole de musique L’Apprenti Musicien).

 

Créée en 2006, l’ANSEP2A (Association Nationale des Structures d’Enseignements et de Pratiques Artistiques Associatives) est une association de loi 1901 qui a pour objectifs d’informer et d’accompagner les structures culturelles associatives d’enseignements et de pratiques artistiques (Ecole de musique, de danse, d’art dramatique, ensembles instrumentaux et vocaux…).

Pour aider ses adhérents à se développer et à promouvoir leurs missions, l’ANSEP2A en contact régulier avec les organismes de la profession (SEAM, SACEM, UNIFORMATION, AFDAS, CNEA…), leur apporte des conseils au niveau administratif, financier, juridique, pédagogique…, diffuse leurs actualités et met en place diverses actions de formations :

– Formation pédagogique diplômante de Niveau IV « Intervenant Musical en Ecole Associative » RNCP

– Formation de coordination et direction

– Formation à la carte selon les demandes

L’ANSEP2A participe aussi sur le plan artistique par :

– L’organisation du concours international de saxophone en Pays de la Loire tous les 2 ans

– La coordination de manifestations spécifiques (concerts du 13 novembre)

 

Sources:

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Maria Montessori

Voici un extrait d’une présentation sur Maria Montessori sur laquelle je suis en train de travailler dans le cadre de mes recherches en partenariat avec l’ANSEP2A (l’Association Nationale des Structures d’Enseignements et Pratiques Artistiques Associatives).

Mon étude porte sur les pédagogies alternatives dans l’enseignement musical ainsi que l’impact de ces « nouvelles pédagogies » par rapport aux méthodes traditionnelles sur les élèves ainsi que sur leurs résultats.

Je vous propose un petit aperçu de ce travail en cours sous forme de fiche de présentation de Maria Montessori, féministe très impliquée et figure emblématique de la pédagogie « moderne ».

 

Maria Montessori

Biographie

Formation personnelle :

Maria Montessori, née le 30 août 1870 et morte le 6 mai 1952, était une pédagogue italienne, docteur en pédagogie anthropologique et médecin. Elle a également été une militante des droits des femmes. Elle s’intéressa également aux mathématiques, obtint la chaire d’anthropologie à l’Université de Rome, et fut diplômée en sciences naturelles, psychologie et philosophie.

Dates importantes :

  • 1896: Montessori devient la 1ère femme médecin d’Italie.
  • 18961898: Après un séjour de travail à Paris avec des enfants déficients, Montessori démontre que leurs résultats aux examens scolaires pouvaient être meilleurs que les enfants normaux.
  • 1907: Montessori crée la « Casa dei Bambini » à Rome.
  • 1909 : Montessori écrit son premier livre La pédagogie scientifique et débute le 1er cours de formation.
  • 1919 : Ouverture par Montessori du 1er cours international à Londres (limité à 250 étudiants mais avec +2000 candidatures).
  • 1920 : Son cours international est intégré au sein de l’Université d’Amsterdam et une nouvelle législation permet à sa pédagogie d’être intégré aux écoles publiques.
  • 1929 : 1er congrès Montessori international.
  • 1952 : Décès de Montessori en Hollande.

 

Rencontres :

Maria Montessori a travaillé en étroite collaboration avec Luigi Pirandello, un dramaturge et poète italien qui a enseigné la didactique de la langue maternelle aux futurs instituteurs de la pédagogie Montessori. Elle a également eu des échanges sous forme de lettres avec Sigmund Freud (1917), avec le pape Benoit XV (1918) et avec Mahatma Gandhi (1931).

Créations, inventions :

Elle est la fondatrice de la Casa dei Bambini (« maison pour enfants ») à Rome en 1907. Elle a par ailleurs créé sa propre pédagogie tournant autour de quelques idées clefs telles que l’éducation comme laboratoire des sciences humaines, la notion de positivisme ou la théorie éducative.

Idées, nature de l’engagement, conceptions pédagogiques et éducatives :

Idées essentielles :

  • Pour Maria Montessori, ses « Casa dei Bambini » sont les premiers laboratoires de sciences humaines et elle pense que c’est là que la science aurait touché pour la première fois le point où les âmes des enfants se développent.
  • Ayant travaillé avec des enfants déficients en milieu hospitalier lors d’un séjour en France et ayant constaté de meilleurs résultats aux examens scolaires que les enfants normaux elle milite pour l’emploi des mêmes méthodes d’éducation pour les enfants dits normaux.
  • Pour elle : les enfants sont naturellement des expérimentateurs, des explorateurs de leur environnement : curieux de tout, capables d’une extraordinaire concentration et prêts à tout absorber comme les éponges absorbant.
  • Elle prône le développement de l’enfant avec un matériel pédagogique approprié : une grande partie du travail porte sur le développement des sens, la coordination des gestes, l’observation du monde extérieur, certains aspects de la vie pratique et de la vie sociale, certaines opérations intellectuelles, lire, écrire, les nombres, l’arithmétique, la nature. Son travail prône l’acquisition par l’enfant d’une familiarité avec des objets qu’il doit manipuler ou utiliser. Le but étant que lorsqu’un objet est familier pour l’enfant il ne sera pas déconcentré par son environnement mais se focalisera sur l’objet.
  • Elle a milité pour le rejet de l’éducation traditionnelle où l’adulte emploie un rapport de force par rapport à l’enfant qui ne pourra que se défendre (on parle alors d’état de défense). Rejet donc au profit de l’éducation nouvelle qui ramène l’adulte à un niveau d’égal-à-égal.
  • Pour Montessori il faut rejeter l’éducation directe car l’humain est pour elle prédéterminé dans sa personnalité au stade de la cellule microscopique et il ne faut donc pas faire obstruction au développement naturel de l’enfant.

Mots clefs :

  • Plan de construction immanent
  • Nouvelle éducation
  • Plan cosmique
  • Normalisation
  • Activité manuelle
  • Autonomie
  • Esprit mathématique
  • Humilité

Conception de l’apprenant :

  • Pour Maria Montessori l’enfant est doté d’un esprit mathématique que révèle le fait qu’il peut par un coup d’œil comparer et différencier.
  • Le matériel mathématique renforce les dispositions de l’enfant et lui donne l’occasion de réfléchir de façon autonome, calme et approfondie.
  • L’élève découvre à travers son rythme de travail individuel la fonction du matériel et passe progressivement par les cheminements de l’apprentissage qu’il aura choisi, de l’opération concrète à la représentation abstraite.
  • L’enfant pourra accomplir son travail de développement et de structuration dans un monde du travail à sa mesure.

Conception du maître :

  • Le maître reste dans son rôle de dirigeant et de guide mais il n’est qu’une aide, un serviteur pendant que la personnalité de l’enfant se développe par sa propre force en exerçant son activité.
  • Dans la pédagogie Montessori il n’y a pas de maître qui enseigne mais seulement des adultes qui aident l’enfant à travailler, en se servant du matériel et de l’environnement adéquat, à se concentrer et à apprendre.
  • L’instituteur doit être une femme : une institutrice.
  • L’institutrice n’est pas un guide directif mais un recours serviable qui connaît les enfants et qui au moment opportun leur présente le matériel didactique de telle sorte qu’ils puissent en prendre connaissance de la façon la plus autonome.
  • Concept de « Aide-moi, à le faire moi-même ».
  • L’adulte a une relation d’égal-à-égal vis-à-vis de l’enfant : notion d’humilité, de calme et de patience.

Rapports éventuels avec l’enseignement de la musique :

Dans l’école Montessori, la philosophie et la pédagogie diffèrent des objectifs de l’enseignement musical « traditionnel » : L’éveil à la musique s’inscrit dans une démarche d’ouverture sur les activités artistiques. Il n’y a pas d’exigences de résultats à atteindre, de contenu obligatoire à enseigner, d’examens…

Seul compte pour l’enfant le plaisir d’apprendre et pour l’intervenant d’éveiller, de faire découvrir la musique dans une ambiance sereine et propice en suivant les règles : ne pas s’énerver, parler doucement et lentement, répéter (pourtant la méthode Montessori proscrit à priori la répétition NDLR) et être disponible, respecter le rythme individuel de chaque enfant, mélanger écriture, dessin, coloriage, danse, chant, questions réponses avec les enfants.

Il est également très important, dans une école Montessori, que la musique soit enseignée dans le même esprit que le reste. Il faut faire intervenir le plus possible le toucher, permettre à chacun d’appréhender cette matière de manière individuelle, respecter le rythme de chacun, ne pas avoir d’idée préconçue sur ce que chacun peut faire en fonction de son âge, élaborer un matériel concret adapté à chacun, avoir le plus d’instruments possible de tous pays et de toutes sortes afin de répondre à cette soif d’apprendre de l’enfant. Ne jamais mettre l’enfant en échec et au contraire développer sa confiance en soi par rapport à la musique. Pendant les leçons de musique, permettre à l’enfant de créer ses propres morceaux, de composer des mélodies, toujours lui permettre de mettre en application sur ses propres créations ce qu’il vient d’apprendre (les notes, la valeur des notes, les rythmes, etc…). Les classes Montessori disposent essentiellement de clochettes et de boîtes à sons. Il est absolument nécessaire de disposer d’une salle de musique et d’y ajouter beaucoup de matériel : instruments divers et variés, percussions, matériel pour l’apprentissage des notes en concret et en abstrait, etc… ceci afin de permettre à l’enfant de bien développer son sens de l’ouïe, tellement essentiel à son bien-être. Dans une école Montessori qui privilégie des méthodes individuelles : chaque enfant est différent, ce qui permet de développer le goût de faire les choses ensemble, de trouver une place pour chacun et de goûter au bonheur de partager un moment fort.

Par ailleurs, on compte aujourd’hui plus de 22 000 écoles appliquant sa pédagogie dans le monde.

Pour aller plus loin :

Anciens élèves :

  • Mark ZUCKERBERG : Co-fondateur de Facebook
  • Bill GATES : Milliardaire américain et Fondateur de Microsoft
  • Jeff BEZOS : Fondateur d’Amazon
  • Yo yo Ma : Musicien, ambassadeur de la paix auprès des Nations-Unis
  • Larry PAGE et Sergey BRIN : Fondateurs de Google
  • Jacqueline KENNEDY ONASSIS : Ancienne première dame des Etats-Unis
  • Les Princes William et Harry : Membres de la famille royale du Royaume-Uni
  • Georges CLOONEY : Acteur, réalisateur, porte-parole pour la paix auprès des Nations-Unis
  • Anne FRANK : Auteure, écrivaine
  • Beyonce KNOWLES : Chanteuse, actrice

Expérience personnelle de la pédagogie Montessori :

Etant un ancien élève d’une école Montessori au Canada de 1990 à 1994 je me souviens surtout de la liberté d’action dont je disposais. A titre d’exemple l’anecdote de mon entretien avec la directrice quand elle m’a demandé de réciter l’alphabet : j’ai répondu que « oui je pouvais mais que je préférais lui raconter une histoire ». L’idée de laisser du temps à l’élève de se développer à son rythme est mis en avant et je me souviens du fait que la classe n’avait effectivement pas de structure limitative en terme d’âge : il y avait trois groupes d’âges dans la classe et on pouvait choisir de participer à une activité ou bien de faire quelque chose seul.

Sites internet et sources :

© Charles-Edouard Berlioz 2017

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Sauvons le CJCF

Le CJCF est situé au cœur du 15ème arrondissement de Paris, à l’angle de la rue de Lourmel et de la rue de la Convention.

Tout d’abord un peu d’histoire :

En 1910 Madame Gallice fonde dans le quartier de Javel, à Paris, une œuvre accueillant les enfants à leur sortie de classe. Quelques années plus tard, le Père Faugère (curé de Saint Christophe) achète l’ancien foyer de Jeunes filles édifié par Mademoiselle AM Yrn, attenant à l’œuvre de Lourmel. C’est là que s’organise un patronage. Ouvert aux enfants du quartier, en 1948, ce patronage devient association déclarée sous le nom :
CENTRE DE LA JEUNESSE CHRÉTIENNE ET FÉMININE puis CENTRE DE LA JEUNESSE CHRÉTIEN ET FAMILIAL ou C.J.CF.

En 1974, une opération immobilière rénove les locaux du C.J.C.F. et en 1977, il retrouve au même endroit ces locaux formant corps pour une superficie de 500 m2 sur 3 niveaux.   C’est là que va vivre le nouveau 116.

J’ai pour ma part poussé la porte du CJCF pour la première fois il y a presque cinq ans lorsqu’une de mes amies m’a proposé de reprendre son poste de professeur de piano, qu’elle quittait. Je me souviens très bien de mon rendez-vous avec la directrice, Jocelyne Chassat, un matin d’automne à ciel gris et bas.

« Entrez dans mon bureau et prenez place » m’a-t-elle dit tout d’abord d’un ton assez intimidant, suivi directement d’un grand sourire et de la phrase si connue : « Alors, parlez-moi un peu de vous « .

Nous nous sommes entretenus pendant une bonne vingtaine de minutes et puis brusquement elle m’a invité à faire un tour des locaux, rencontrer le personnel, en enchainant sur l’emploi du temps et quand est-ce que je pouvais rencontrer mes nouveaux élèves car ils m’attendaient avec impatience?

J’ai appris à connaitre Jocelyne au fur et à mesure que le temps passait. C’est une femme avec un fort charisme, d’une grande gentillesse et d’un humour sec à la française que j’apprécie particulièrement. Toujours là pour soutenir et écouter son équipe, elle a toujours su mettre en avant les atouts des uns et des autres, ainsi que trouver une issue à tout les obstacles qui truffent le parcours pédagogique de ses professeurs. Que ce soit entre les cours, en attendant un élève ou « en fin de service », j’ai souvent passé du temps accolé à la porte de son bureau en train de refaire le monde ou simplement en train de bavarder avec elle au sujet de la vie de l’association. Je retiens aussi la phrase phare qu’employait toujours Jocelyne en réponse à quelque chose, quelle que soit la situation à laquelle elle était confrontée, et qui est un témoignage on ne peut plus représentatif de sa personnalité : « dans la joie et la bonne humeur ».

Je pourrais aussi vous parler de Laurence, l’adjointe de la directrice. Ce que l’on retient de Laurence, c’est son côté jovial, son rire contagieux ainsi que son côté pragmatique et business !

Il y a aussi Cosette, la professeur de danse. Dix ans passés dans la maison, des élèves qu’elle a vu grandir. Je la voyais toujours en train de courir dans le couloir avec un costume sur le bras ou bien je l’entendais dire chaque jeudi soir quand je descendais l’escalier « Allez les filles on y va ! ».

Et puis il y a deux piliers de l’établissement : d’un côté Patricia, une autre professeur de piano, discrète, douce et d’une très grande gentillesse, et puis de l’autre Agnès, la professeur de flûte. Alors là, c’est carrément une institution en elle-même avec ses vingt-neuf ans d’ancienneté dans la maison ! En arrivant dans la cour devant l’entrée on passe forcement devant la baie vitrée de sa salle de classe et Agnès, perchée sur son siège de flûtiste, me faisait toujours un grand signe de la main quand elle me voyait passer. Ce n’est que cette année que j’ai eu le plaisir de travailler avec elle, en montant une petite classe de musique de chambre avec ses flûtistes et mes pianistes. Les élèves passaient d’une salle de classe à une autre en disant: « Voilà la partition qu’Agnès t’envoie » ou vice versa, et puis les passages en tornade dans la salle de l’autre en passant la tête par la porte « T’as une minute ? Je te dépose une partition ici, c’est juste une idée mais tu me diras ce que tu en penses et si t’as un élève qui veut y jouer, on peut y travailler… ».

C’est de cette façon qu’a commencé mon parcours au CJCF, avec une petite classe de neuf élèves et que, année après année, j’ai construit ma classe. Certains ne sont plus les petits bouts de choux qu’ils étaient, mais au contraire ont bien grandi ! N’importe quelle personne qui fréquentait le CJCF vous dira qu’il y avait toujours une ambiance très chaleureuse et conviviale qui s’en dégageait. On était toujours accueilli les bras ouverts, « dans la joie et la bonne humeur ».

Mais aujourd’hui c’est une ambiance morose qui erre dans les couloirs de l’association. La joie et la bonne humeur semblent bien loin. Les couloirs sont quasiment vides et on n’entend plus ce bourdonnement d’activité qu’il y avait toujours au cours de l’après-midi.

Après toutes ces années de travail, de plaisir, de détente et de convivialité l’association ferme ses portes. On entend presque le glas résonner dans le hall principal et à en juger par les expressions du personnel c’est tout comme si quelqu’un de cher était mort.

Il n’y a plus d’affiches de concerts ou de spectacles de danse ornant les murs. Il ne reste plus que de grosses affiches blanches et austères signifiant la fermeture du lieu :

« Chers membres, depuis 1974, le CJCF exerçait l’ensemble de ses activités dans les locaux de 116 rue de Lourmel 75015 appartenant à l’Association Diocésaine de Paris (ADP), dans le cadre contractuel particulier, celui d’un contrat de commodat, c’est-à-dire d’un prêt d’usage des locaux à titre gratuit, renouvelable par tacite reconduction.

Le 20 février 2014 l’ADP a notifié au CJCF sa décision de mettre fin au commodat moyennant un délai de préavis se terminant le 31 août 2014.

Un avenant a été signé le 27 mai 2014 pour permettre au CJCF de demeurer dans les locaux et dans le cadre du commodat jusqu’au 31 août 2015.

Un bail avait été accepté le 9 mars 2015 par la paroisse avec une date de signature prévue le 22 juin 2015.

Ensuite l’ADP a proposé au CJCF un contrat de bail selon des conditions financières (loyer et prise en charge de tous les travaux de l’immeuble auxquelles le CJCF n’a pas les moyens de faire face.

Les tentatives du CJCF pour obtenir un assouplissement des conditions financières exigées par l’ADP ont été en vaines, de sorte que le 31 août 2015, le CJCF est contraint de quitter les locaux et ne dispose pas des moyens financiers suffisants pour lui permettre de continuer son activité dans d’autres locaux.

Il n’est donc plus en mesure de poursuivre son activité et réaliser son objet.

C’est avec une très grande tristesse que les membres du Conseil d’Administration contraints par la décision brutale de l’ADP ont le regret de constater que la dissolution de l’association apparaît inévitable.

En conséquence, le Conseil d’Administration se trouve contraint de réunir l’assemblée générale afin de voter les résolutions portant sur la dissolution.

Bien tristement, le président du Conseil d’Administration».

Et c’est ainsi qu’après ces quelques très bonnes années passées au sein de cet établissement, après les liens d’amitié et de confiance que j’ai noués avec l’équipe pédagogique, l’équipe administrative, et chacun de mes chers élèves et leurs parents, on me montre la porte sans aucun autre mot. En tant que professeur je dois désormais expliquer à mes élèves pourquoi je les abandonne. Chaque élève représente pour son professeur une entité, une histoire, un parcours. Après cinq années passées à construire un projet pédagogique, à voir et à aider grandir physiquement et musicalement chaque élève, nous voici balayés et déposés sur le bord du trottoir comme de simples ordures.

Je m’emploie désormais à réutiliser une phrase célèbre parmi les artistes et que je m’efforçais toujours de répéter à mes élèves à l’approche d’un concert ou lors de l’exécution de leurs morceaux et que je me retrouve en train d’utiliser pour la toute dernière fois : The show must go on. 

 

Je vous donne rendez-vous pour ma toute dernière représentation de classe le mardi 16 juin à 18h dans la salle d’audition à l’étage, au 116 rue de Lourmel 75015, dans les locaux du CJCF, pour ceux qui veulent entendre une dernière fois le timbre du piano sous les doigts des petits élèves avant la fermeture définitive du centre.

In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

© Charles-Edouard Berlioz 2015

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La liberté d’expression existe-t-elle encore ?

Aujourd’hui, avec les événements récents qui façonnent notre histoire et notre façon de penser, d’agir et de concevoir tout ce qui nous entoure, une question fondamentale se pose pour les artistes : la liberté d’expression existe-t-elle vraiment ou encore?

Prenons une minute pour regarder derrière nous et remontons dans le temps à l’époque des grands compositeurs tels que Bach, Beethoven ou Berlioz. Qu’ont ces compositeurs en commun ? La réponse est la vision.

D’après la définition du dictionnaire français Larousse un visionnaire est une personne capable d’anticipation, qui a l’intuition de l’avenir.

Tel est le cas de ces trois hommes à travers la recherche, la découverte et l’élaboration du tempérament égal ; la poussée de la réflexion, de la créativité et de la recherche sonore ainsi que l’exploitation de nouvelles dimensions orchestrales regroupant plus de huit cent musiciens ou encore l’emploi d’un thème unique et récurent tout au long d’une œuvre.

Chacun des trois hommes cité ci-dessus, car ce sont avant tout des hommes comme tout autre, a vécu la frustration de l’incompréhension et de l’exclusion sociale. Leur seul tort était d’avoir un temps d’avance sur les idées de leur époque et de tenir tête au conformisme écrasant qui dictait et qui dicte encore les pensées et les actions aux masses. Que ce soit les sonorités jugées trop complexes et avant-gardistes de Beethoven, les contraintes technologiques et instrumentales bridant les pensées novatrices et la plume de Bach, le responsable est toujours cette crainte de ceux qui ne comprennent pas et qui refusent l’avancement et le progrès de la pensée.

Aujourd’hui en prenant n’importe quel programme de concours instrumental, on peut tout de suite constater la présence récurrente de certaines œuvres :                                         Concertos et études de Chopin, sonate (s) de Liszt ou de Beethoven, Scarbo de Ravel… Bref, la liste est toujours la même et constitue presque un club privé. Cela devient même risqué de jouer certaines œuvres devant un jury car pour satisfaire ce besoin constant de spectacle et de technicité l’interprète ne pousse plus l’aspect artistique mais se plie aux exigences du « sans faute » et du « musicalement correcte ». Alors certes un concours est une épreuve de sauts d’obstacles et on vous dira qu’il y a des critères d’évaluation et de jugement à prendre en compte mais qu’en est-il des concerts ? Notez que dans tous les programmes des trois dernières saisons culturelles des salles de spectacle on entend globalement les mêmes œuvres… A quand remonte la dernière fois que vous avez entendue du Granados, du Couperin ou encore du Janequin ?

Il est vrai cependant qu’il y a quand même un très léger regain d’intérêt pour les œuvres « oubliées », pour le plus grand plaisir des auditeurs et pour la simple raison qu’on se lasse de toujours entendre les mêmes choses! Il devient aussi de plus en plus difficile de présenter une nouvelle interprétation d’une œuvre connue car tel ou tel pianiste sera étiqueté pour son interprétation comme étant le standard ou bien vous trouverez tout simplement quelqu’un de plus jeune avec « un meilleur potentiel de vente ». Liszt ne s’imaginait peut-être pas l’incroyable vague qu’il a lancé en métamorphosant le fond et la forme du récital !

Je dois ôter mon chapeau et saluer mes professeurs, surtout les derniers, pour m’avoir toujours enseigné l’importance de l’expressivité et le refus de cette interprétation à la chaine, quitte à en offusquer certains.

Je reviens à ce que je disais sur les programmes de concerts car il me revient une anecdote : je déjeunais avec un proche, non musicien mais mélomane éclairé qui me racontait son engouement renouvelé pour une certaine chaine de radio diffusant de la musique classique. Il me disait qu’il avait auparavant délaissé cette chaine car les morceaux étaient beaucoup trop longs, souvent des œuvres intégrales et sans le moindre commentaire introductif tandis que depuis peu, la chaine diffusait plutôt des œuvres courtes et moins connues en y intégrant plusieurs interprétations ainsi que de petites explications. Il m’expliquait aussi le plaisir qu’il avait éprouvé en entendant une petite œuvre de Beethoven, plutôt méconnue du grand public mais qui lui avait suscité le plus grand intérêt. Voici un témoignage représentatif il me semble du grand public mais aussi de l’auditeur isolé. La musique classique traine encore et toujours ce boulet qu’est son cliché de musique réservée à une élite et non accessible au commun des mortels à la recherche d’une œuvre divertissante.

On dit cependant que l’espoir fait vivre et voici chose faite : une de mes élèves me racontait qu’en passant l’autre jour par la station de métro Opéra au centre de Paris elle a croisé l’une des représentations de Jean-François Zygel dans l’un des halls enfouit sous terre. Elle me disait qu’il y a une bonne dizaine d’années elle suivait les tout premiers cours de piano de monsieur Zygel à la mairie du vingtième arrondissement de Paris et ce jusqu’à ses représentations récentes au Châtelet. Je suis ravi que cette dame ait autant de plaisir à suivre un tel événement et de la musique présentée de la sorte car le dynamisme et le plaisir n’est pas automatique, c’est notre mission de musicien de trouver le renouveau et de susciter cette curiosité. On passe notre temps à voir la même phrase sur les curriculum vitae (décidément à quoi peut-il bien servir ce latin !) : « Nous cherchons une personne avec de la force de proposition et du dynamisme » et pourtant quand on regarde la réalité c’est bien plus triste ! Il y a heureusement beaucoup de jeunes ensembles qui commencent tout juste à modifier le paysage musical français mais aussi mondial en partie grâce aux nouvelles technologies qui permettent un accès plus simple et rapide à la production et à la diffusion mais je pense qu’il nous faut encore beaucoup plus d’efforts dans le domaine des salles de représentations qui sont malheureusement trop peu nombreuses, peu enclins à ouvrir leurs portes aux artistes de moindre renommée et beaucoup trop chère !

Donnons la parole aux nouveaux arrivants, ouvrons le dialogue entre les générations et partageons ensemble la musique plutôt que de se baser sur une idée commerciale vieillissante que la musique est simplement un business comme un autre et qu’il n’y a que le chiffre en bas de page qui compte… La musique est omniprésente dans nos vies : jingle dans les gares, sonneries de portables ou fond sonore d’une publicité, la musique se cache dans des endroits bien inattendus !

La semaine dernière j’intervenais dans une école primaire dans le cadre de la reforme culturelle et l’atelier que j’animais a pour vocation la découverte artistique. Il se trouve que ce trimestre j’ai dans mon groupe un petit garçon qui est une véritable terreur. Je l’ai déjà vu à l’œuvre dans la cours de récréation en train de frapper ses camarades de classe ou bien d’être abusif verbalement et physiquement avec les surveillants. Ayant été prévenu devant tout le monde de son comportement par le responsable j’en ai profité pour lui faire part de ma sévérité en cas d’abus au cours de l’atelier. Mais la vraie question que je me posais était de savoir comment susciter la curiosité de ce petit monstre ? Qu’en avait-il à faire de la musique classique ? J’ai décidé d’improviser par rapport au cours préparé et je lui ai demandé ce qu’il aimait comme musique. Le Rap m’a-t-il répondu !

Bon, alors que faire ? Heureusement que j’avais mes petites enceintes portable et mon téléphone car après quelques secondes de réflexion j’ai pu me connecter à internet et je suis parti dans les origines du Rap en remontant à la musique des bochimans d’Afrique du Sud, au père fondateur du Rap Linton Kwesi Johnson pour ensuite faire une parallèle avec le slameur français Grand Corps Malade et enfin finir sur les exemples « classiques » du rap tels 50 cent au Etats-Unis ou Sniper en France…

Le petit était tellement enthousiasmé qu’il m’a demandé si on pouvait « faire cours » tous les jours de la semaine ! Je dois dire que le virement dans mon programme n’était pas tout à fait prévu comme ça mais oh combien rafraichissant et stimulant de pouvoir s’adapter et parler à des jeunes du coup très intéressés et motivés par quelque chose auquel ils peuvent s’identifier. En utilisant spontanément la diversité ethnique et culturelle on peut toujours plonger dans des discussions absolument passionnantes et je remercie ma directrice d’établissement pour m’avoir accordé les yeux fermés une totale liberté par rapport au contenu de ces ateliers.

Alors qui sait, peut-être vous verrai-je dans mon prochain cours…

© Charles-Edouard Berlioz 2015

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L’esprit de Noël

Ca y est, le froid s’installe sur Paris ! Quand je fais la promenade matinale avec ma chienne je peux désormais voir ma respiration. Le fait d’expirer pleinement et de voir « la fumée » sortir de ma bouche m’amuse tout autant que quand j’étais petit.

En déambulant le long du boulevard je regarde les commerces qui s’éveillent peu à peu pendant que la chienne s’amuse à chasser les feuilles mortes devenus craquantes à cause du gel. Les premiers sapins font leur apparition et l’air de la place de la Bastille est rempli de cette odeur si spéciale : celle de Noël !

Et oui, les lumières sur les Champs Elysées sont désormais allumées, il fait froid et on sort les décorations. Il ne manque que la musique pour compléter l’ambiance festive qui nous envahit peu à peu. Dans presque tous les magasins on entend déjà les chants de Noël mais qu’en est-il de l’ambiance générale ?

Quand je vois les mines grises et fatiguées de mes élèves je ne peux que me poser des questions… Les dernières vacances ne sont pourtant pas si loin que ca ; qu’est ce qui fait que tout le monde est si épuisé ? Sans doute la vie parisienne ainsi que cette routine écrasante qui nous vide de notre énergie et de notre motivation. Et oui, la vie dans la capitale à quelque chose de tellement fatigante, j’entends dire à droite et à gauche « un tel à choisi de déménager car il ne supporte plus le train de vie » ou bien «  ah oui, la grisaille parisienne les ont poussé à partir ailleurs ». C’est vrai que l’on bascule rapidement dans cet ostinato quotidien sans voir le temps passer et lorsque l’on se retourne la semaine est bel et bien passée sans que l’on en ait profité.

J’étais très étonné que certains de mes élèves ne connaissent pas certaines chansons comme « Douce Nuit, Sainte Nuit », au point où je me suis demandé comment certaines familles fêtaient Noël. Quand j’ai demandé à l’une de mes élèves « qu’est ce que vous faites pour Noël ? Que mangez-vous le 25 décembre ? » Elle m’a répondu : « je ne sais pas, rien de spécial, on ne change pas des habitudes ». Je dois dire que j’ai trouvé ca un peu morose.

Pourtant, rien de tel qu’un petit passage chez Smith’s, la librairie anglaise située rue de Rivoli tout près de la Concorde pour recharger vos batteries et votre motivation !

Je dois dire que les traditions de fin d’année de la période Victorienne au Royaume-Uni représentent pour moi certains points incontournables quand il s’agit de fêter Noël : les cartes de vœux chez Smith’s justement sont si belles qu’il me faut en moyenne quinze minutes rien que pour faire une première sélection, en effet les illustrations sont parmi les plus belles. Si vous montez à l’étage vous trouverez le rayon gastronomie qu’habituellement j’évite en bon français mais il s’agit ici de Noël et je sais qu’il y a les fameuses minces pies qui sont déjà arrivées ! Ah, ces petites tartelettes aux fruits confits que l’on fait dorer au four avant de les savourer avec une tasse de thé Mariage Frères ou Dammann.

Du coup, j’ai été si enthousiasmé par cette ambiance que j’ai même fait des arrangements de chants de Noël pour mes cours de piano et mes élèves en solfège. Il fallait voir le changement d’expression sur leurs visages quand j’ai commencé à jouer les premières mesures après leur avoir annoncé que l’on faisait du chant ! Rien de tel pour redonner un coup de fouet. Le fait d’apporter une touche personnalisée aux cours ainsi qu’au programme permet d’une part de préserver leur motivation et d’autre part de leur montrer que la musique est une chose vivante qui peut aisément s’adapter et s’intégrer à toutes les saisons et tous les évènements au cours de l’année.

Il suffit de chercher un peu pour trouver le style qui vous convient : si vous êtes plutôt amateur de rythme jazzy et des crooners alors il y a tout les remakes des chants traditionnels par le chanteur italo-américain Dean Martin tandis que les plus friands d’actualité peuvent se tourner vers le jeune canadien Michael Bublé qui saura allier tradition, dynamisme et renouveau avec sa voix joviale. Si en revanche vous êtes un inconditionnel de la tradition alors laissez vous guider par la maitrise de J.S.Bach dans son Oratorio de Noël ! Je pourrai continuer pendant des heures avec d’innombrables exemples : Noël n’est pas Noël pour moi si je n’écoute pas les « Christmas Carols » chantés par le King’s College Choir.

Quel que soit le style de musique il est intéressant de voir comment le thème de Noël est traité. En effet, si l’on compare certaines chansons françaises de Noël chantées par Edith Piaf je trouve qu’il y a un côté assez mélancolique. Même « Petit Papa Noël » chanté par Tino Rossi est relativement solennel et grave à mon oreille… Les américains du nord ont globalement une approche dynamique et joviale tandis que les anglais ont une tendance beaucoup plus traditionnelle et proche de la religion (du moins en ce qui concerne les grands cœurs d’église et les grands concerts). Quant aux traditions musicales françaises je trouve qu’elles sont en général assez traditionnelles certes, mais davantage axées sur la sobriété avec en plus quelque chose de plus nostalgique.

Et vous, qu’en est-il de votre vision de Noël ? N’oublions pas que cette fête si magique vie grâce à nos efforts, notre imagination et notre foi – que ce soit notre foi en Dieu, au Père Noël ou dans la dinde servie le 25 décembre à midi !

Bonnes fêtes à tous!

© Charles-Edouard Berlioz 2014

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L’oreille absolue existe-t-elle vraiment ?

Il existe chez la plupart des musiciens des qualités variés, que ce soit la musicalité, la technique, l’expressivité ou bien d’autres choses encore. Néanmoins voici une question importante que bon nombre d’entre eux se sont posé : qu’est ce que l’oreille absolue et existe-t-elle vraiment ?

On entend souvent dire, à droite comme à gauche, “ah oui celui-là a l’oreille absolue’’ ou, avec une certaine arrogance “je n’ai jamais eu de problèmes en dictée car j’ai l’oreille absolue’’…

Je me trouvais il y a peu de temps attablé avec un groupe de musiciens et la discussion portait sur une certaine musicienne qui, fait avéré, ne pouvait identifier une note à l’oreille. Certaines personnes questionnaient ses compétences musicales tandis que d’autres expliquaient cela part l’absence dans son cas de l’oreille absolue.

Qu’en est-il vraiment ? Certaines personnes posséderaient de façon innée cet atout précieux tandis que d’autres malheureux en seraient tout simplement dépourvus ?

Voici une définition intéressante : L’oreille absolue est l’aptitude, rare, à reconnaître et déterminer à l’écoute d’un son musical la ou les notes de musique correspondantes, sans référence auditive préalable.

Jusqu’ici tout porte à croire que certains musiciens se rapprocheraient davantage des X-Men qu’à de simples humains – mais poursuivons :

L’oreille relative, commune à tous les musiciens professionnels, consiste à reconnaître les notes à partir d’une référence sonore de hauteur musicale. Voilà qui est rassurant ! Creusons un peu plus :

L’oreille relative implique une connaissance, c’est-à-dire une mémoire à long terme, des intervalles musicaux, alors que l’oreille absolue implique une mémoire à long terme des hauteurs. Ah ! Nous y voilà.

D’après cette définition, l’oreille absolue ne serait donc pas une aptitude innée puisque qu’elle implique une mémoire à long terme des hauteurs. Ceci signifie que la ou les personnes dotées de cette capacité devaient être exposées au préalable, et ce de manière rigoureuse à une éducation musicale stricte ainsi qu’à des hauteurs de sons invariables.

J’ai pu de mon côté et sans grande difficulté, noter que les musiciens pratiquant un répertoire large et varié avaient plus tendance à posséder l’oreille absolue tandis que ceux qui pratiquaient peu ou se cantonnaient à une seule époque, un même genre ou style présentaient presque tous des difficultés à cerner une note donnée sans référence préalable.

Il me semble donc, est la logique tendrait à me soutenir, que le meilleur moyen de développer l’oreille absolue serait de se diversifier au maximum dans ses choix de programmes et d’écoutes de façon à accumuler et à élargir ses références auditives autant que possible.

En conclusion, n’oublions surtout pas que nous sommes tous humains et que malgré les longueurs d’avance dont jouissent certains il est toujours possible, moyennant un peu de travail et de volonté, d’acquérir les mêmes compétences. La musique n’est aucunement réservée à une élite et s’offre à tous ceux qui souhaitent la faire vivre.

© Charles-Edouard Berlioz 2014

 

 

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Êtes-vous plutôt Beethoven ou Bétove ?

Actuellement en vacances au pays du Soleil-Levant je suis en quête de repos et de changement d’ambiance. Cependant, j’en profite pour m’adonner à l’un de mes passe-temps, la lecture. En pleine biographie de Beethoven, je ne peux que sourire face à la problématique entourant la prononciation de son nom. Je vous cite un extrait du passage concerné :

« Le nom de Beethoven, d’une sonorité grandiose et sombre, à jamais liée à quelques-unes des plus belles pages de musique jamais écrites, signifie simplement, en flamand, “champs de betteraves’’. D’ailleurs, comment se prononce-t-il, ce nom ? Les plébéiens et les farceurs disent, “Bétove’’. Quelques cuistres, se voulant plus au fait, insistent sur le “o’’, élidant le “e’’ final, ce qui donne à peu près “Beethôôôv’n’’. Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, déconseille en tout cas de prononcer “Bitovan’’ ».

Combien de fois ai-je entendu, non sans m’agacer, “Bétove’’. Je ne vois honnêtement pas l’intérêt de modifier le nom de quelqu’un quel que soit le prétexte… Et vous ? Quel est votre avis sur la prononciation des champs de betteraves ?

Source : Beethoven par Bernard Fauconnier édition folio biographie

© Charles-Edouard Berlioz 2014

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Un printemps avant l’heure

« Quel temps magnifique ! »

Et oui, cette petite phrase qui est passée à un moment ou un autre sur nos lèvres cette semaine.  Alors que les bourgeons font leur apparition, les rayons du soleil nous caressent doucement le visage et les jardins publics nous appellent les bras ouverts comme le chant des sirènes. Chacun a profité du beau temps à sa façon : sortie, promenade, bain de soleil, terrasse de café….

Le Marais comme vous le savez bien sur est un des quartiers historique de Paris. Je l’aime beaucoup car au premier abord on trouve ces belles façades de bâtiments Haussmanniens qui font le Paris que nous connaissons et aimons tous. Mais quand on s’engouffre dans son cœur un tout autre spectacle s’offre à nous : derrière ces grands immeubles se cachent encore quelques unes des maisons parisiennes du Moyen-âge avec leurs grosses poutres apparentes, leurs corniches, gargouilles et belles pierres. Les noms de rues ont eux aussi leur part d’histoire et laissent libre place à notre imagination : rue des archives, rue vieille du temple, rue des francs bourgeois ou encore une rue que j’affectionne particulièrement : la rue des blancs manteaux !

Rien qu’en prononçant ce nom on sent quelque chose de mystérieux et d’historique, on se croirait dans une des aventures de Nicolas le Floch avec des petites rues pavées, les lanternes au-dessus des portes et les intrigues et secrets qui les accompagnent.

Mais ne nous égarons pas trop ! Si vous prenez la rue des archives à partir du Bazar de l’Hôtel de ville, remontez la rue sur environ cent mètres et sur la droite vous trouverez cette fameuse rue des blancs manteaux !

Vous y êtes presque, au bout de quelques foulées un petit square s’offre à vous sur la gauche juste après le parvis et la belle façade d’une église.

C’est justement cette église qui m’intéresse ! L’église Notre-Dame des blancs manteaux. J’avais à plusieurs reprises, au cours de mes innombrables excursions dans le Marais essayé d’entrer en vain dans cette église qui vue du square se révèle être assez imposante étant donné le côté étriqué du Marais. Elle m’intriguait cette église des blancs manteaux ! Et puis avant-hier mon souhait est finalement devenu réalité. J’ai trouvé, sur le côté de l’église, de l’autre côté du square une porte, donnant sur une toute petite cour. J’ai réalisé que c’était en quelques sortes non pas l’entrée des artistes mais l’entrée du curé. Me voici donc dans l’église juste à côté de la Sacristie.

L’église de l’intérieur est très lumineuse avec de la belle pierre blanche, de belles sculptures ainsi que des tableaux et autres ornements. Ce qui m’intéressait se trouvait de l’autre côté, vers l’entrée principale un peu à droite de la porte. Une autre porte, celle-ci beaucoup plus petite et très étroite, un tout autre genre de trésor : l’accès à l’orgue !  Pour ceux qui ne sont jamais entrés dans cet endroit, imaginez que vous montez un petit escalier circulaire en bois juste assez large pour qu’un homme puisse s’y glisser pour ensuite vous trouver en face d’une porte derrière laquelle se trouve une sorte de terrasse. D’ici vous avez une vue spéciale de l’église puisque vous vous trouvez à environ sept mètres du sol. Jetez un coup d’œil sur votre droite, le voilà enfin : l’orgue ! Maintenant que nous y sommes, le désir d’y jouer quelques notes est irrésistible et je m’installe face à ces quatre claviers !

C’est à la fois une sensation de puissance, de recueillement et de spiritualité lorsque l’on joue de l’orgue. Les rayons du soleil transpercent les vitraux et flottent vers vous tandis qu’écouter chaque note résonner le long des parois immenses nous transporte un peu plus loin dans le temps et l’on peut aisément s’imaginer au XVIII siècle avec pour seuls bruits les roucoulements des pigeons le long des gouttières et les bruits de sabots des chevaux dans la rue en contre bas.

Restez donc un peu ! Méditez, priez, écoutez, profitez ! Bref, faites comme bon vous semble ! Je vous abandonne encore une fois au profit du roi des instruments : l’orgue…

Bonne journée !

© Charles-Edouard Berlioz 2014

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De la musique pour tous!

Quand on évoque la musique classique, nombreux sont ceux qui l’associent à une élite. Or, il suffit qu’un musicien joue sur une place ou dans le métro pour qu’il y ait immédiatement des gens qui se regroupent autour pour regarder. Récemment quand des musiciens prirent les voyageurs d’une rame de tramway en Hollande par surprise en sortant leurs instruments et en jouant des œuvres connues entre deux stations, les regards et les sourires fleurirent.

La musique a un pouvoir très puissant, celui de rassembler : que l’on entonne l’hymne d’un club sportif ou une chanson à la mode, le constat est toujours le même : les gens se retrouvent autour de cette chose qui est la musique pour communier ensemble.

Une question se pose alors, pourquoi malgré cela, les gens se méfient de la musique classique ? Bien que la question ait déjà été posée, étudiée, retournée et reposée, la réponse n’est toujours pas satisfaisante…

En entrant l’autre jour dans une petite boutique au bout d’une rue dans le quartier célèbre de Montmartre à Paris, j’entends un ensemble de cordes en fond et me pose tout de suite la question « Qui est-ce? ».

Ayant posé la question à la dame qui tient la boutique il se trouve que notre cher ami Wolfgang en est l’auteur et de plus, madame est fan de Mozart et achète tout ses enregistrements en Allemagne car « Voyez-vous, en France il est difficile de trouver une telle qualité! ».

Je lui recommande alors un magasin sur le boulevard Saint Germain qui se spécialise dans la musique classique sur lequel je suis tombé par hasard lors d’une promenade, et elle me demande ensuite si je suis musicien. Nous voici lancés dans une discussion musicale fort sympathique et en parlant de concerts et d’événements à Paris une de ses remarques m’interpelle : « Ah en Allemagne et en Angleterre ils savent faire de la musique et en profiter ensemble ». Après coup en y repensant, il est vrai qu’en France il y a une sorte de protocole autour de la musique classique qui fait barrage aux masses. Pourtant quand on regarde le prix des concerts ces derniers sont le plus souvent bien plus que raisonnables : comptez une trentaine d’euros en moyenne pour un concert classique tandis qu’un concert d’un groupe content-pour-rien, oh pardon, contemporain vous coûte en moyenne une bonne centaine d’euros. Ce n’est donc pas le prix.

Alors qu’est ce qui bloque ? Est-ce le fait que nous Français, ne sortons pas assez dans la rue pour partager notre musique ? Nous cachons nous derrière un voile de prétention au lieu de simplement goûter la vie ? Il y a bien sûr chez nous les Français ce côté hautain comme notre si cher Debussy qui méprisait l’opéra ou les Italiens qui chantaient en terrasse de café sous prétexte qu’ils étaient vulgaires, mais pourquoi persistons nous à jouer les martyrs… ?

L’une de mes hypothèses est le fait que le système fait barrage et veut cette politique d’élite : quand des parents souhaitent inscrire leur enfant au conservatoire, la réponse est toujours la même : « Ah mais je suis désolé, votre enfant a sept ans et souhaite commencer la musique ? Non non, c’est déjà trop tard ! S’il n’a pas le niveau pour entrer dans la classe je ne peux rien faire pour vous… ».

Chaque année l’institution musicale française entame de nouvelles réformes, partant du DEM en passant par le CEPI ou le CEM (ah non, celui-là n’existe plus, c’est vrai). Comptez un mois et demi pour qu’un élève réussisse à s’inscrire dans un « prestigieux » conservatoire à Paris.

Le pire dans cette histoire est que l’on s’étonne encore et toujours quand les sondages classent la France parmi les mauvais élèves du monde de la musique. Nous sommes toujours à la traîne avec des idées datant d’avant-guerre et pourtant, on trouve encore le moyen de s’étonner et de crier à la mauvaise foi et au manque de fairplay. Peut être y a-t-il une lassitude qui s’est peu à peu installée ? Ou avons-nous tout simplement baissé les bras ?

Ces questions sont certes démoralisantes mais l’autre jour, quand après son cours l’une de mes élèves m’a dit « Merci monsieur, le piano ça me détend toujours et je me sens sereine à mon instrument », je ne peux que repartir de plus belle avec un nouvel espoir en moi.  Je pense que la musique est l’essence de la vie et que chaque musicien se doit de partager sa passion avec son prochain. Je vous abandonne donc pour aller regarder un reportage sur la facture d’orgue au Japon !

A très bientôt !

© Charles-Edouard Berlioz 2013

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L’orchestre classique, une microsociété très hiérarchisée

Les instruments à cordes restent l’apanage de la bourgeoisie, les vents, ceux des classes populaires. Côté personnalité, les violons seraient arrogants, les contrebassistes bon enfant, les cuivres, des grandes gueules et des fêtards… Un monde à part entière, avec ses règles, et heureusement ses exceptions !

L’orchestre est une microsociété. Pas étonnant qu’il soit le reflet des mentalités de l’ensemble de la population. Mais les musiciens ne se répartissent pas seulement en fonction de leur tempérament individuel: leur personnalité est étroitement liée au pupitre qu’ils occupent. Sociologiquement, d’abord: les cordes restent majoritairement l’apanage de la bourgeoisie et les vents le domaine des classes populaires. Au sein de chaque famille d’instruments, on assiste même à une hiérarchie selon la tessiture: à l’aigu le prestige de la mélodie, au grave le rôle effacé de l’accompagnement. Dans les cordes, les violons sont les vedettes et se comportent souvent comme telles, non sans un certain mépris pour les contrebasses qui soutiennent l’édifice. D’où le ­complexe de certains pupitres qui ont parfois l’impression de jouer les utilités. L’écrivain Patrick Süskind y a consacré une savoureuse pièce de théâtre, La Contrebasse, immortalisée par ­Jacques Villeret, mais ce n’est rien à côté des impitoyables blagues qui circulent sur les altistes, faisant d’eux les Belges de l’orchestre. Entre autres amabilités: «Quelle est la différence entre le pupitre d’altos et les Beatles? Aucune, cela fait quarante ans qu’ils n’ont pas joué ensemble.» Ou encore : «Perdu dans le désert, vous rencontrez un altiste qui joue juste et un altiste qui joue faux, à qui demander de l’aide? À celui qui joue faux car un altiste qui joue juste, c’est un mirage.»

«Taisez-vous, les anonymes!»

Les différences sont assez marquées entre familles d’instruments. Les ­cordes sont à la fois fières de leur noblesse et frustrées de se fondre dans la masse. Les vents sont complexés par leur condition sociale, et orgueilleux de leur statut de soliste, eux qui se ­détachent à tout moment. D’où la ­réplique cinglante de ce hautboïste alors qu’il y avait du bavardage dans les cordes: «Taisez-vous, les anonymes!» Ou comment appuyer là où ça fait mal. Les disparités peuvent être importantes au sein d’un même ­ensemble. Côté cordes, les violons sont parfois arrogants, se targuant des millions de notes qu’ils ont à jouer et de l’extrême difficulté de leur instrument. Les violoncellistes sont volontiers chaleureux et les contrebassistes bon enfant. Côté vents, les bois sont les stars de l’orchestre, avec leurs éblouissants solos, tandis que les cuivres ont la réputation d’être des grandes gueules et des fêtards. Avec, là encore, des nuances non négligeables au sein d’une même section, par exemple entre le flûtiste qui joue les vedettes, le hautboïste perpétuel ­angoissé, le clarinettiste charmeur. Sans parler de la différence de tempérament entre le chef de pupitre et le suiveur, les qualités requises pour être premier soliste, deuxième soliste ou musicien du rang. Un monde à part entière, avec ses règles, et heureusement ses exceptions: on a ­rencontré des violonistes noceurs et des trompettistes intellectuels, des violoncellistes taciturnes et des flûtistes modestes, gardons-nous des clichés!

Auteur : Christian Merlin

Source : Le Figaro, publié le 15 novembre 2013

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Disparition des pianos Pleyel, l’instrument de Frédéric Chopin

Le plus ancien fabriquant de pianos encore en activité dans le monde et dernier fabriquant de pianos en France devrait fermer les portes de sa dernière usine, à Saint-Denis, « d’ici à la fin de l’année ». Fondée en 1807 par le compositeur Ignace Pleyel (1757-1831), la manufacture s’était recentrée sur le haut de gamme ces dernières années. En 2010, l’Humanité avait rencontré Arnaud Marion, directeur artistique des pianos Pleyel, qui évoquait déjà des difficultés liées notamment à la concurrence asiatique. Entretien.

Entretien avec Arnaud Marion, directeur artistique des pianos Pleyel, qui fut également à l’origine du projet de rénovation de la salle Pleyel à Paris. Entretien publié dans son intégralité le 26 Février 2010 à l’occasion des célébrations du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin. De son arrivée à Paris en 1831 jusqu’à son décès le 17 octobre 1849, le compositeur est resté fidèle aux pianos Pleyel, sur lesquels il composa toute son œuvre.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, la particularité du son des pianos Pleyel ?

Arnaud Marion : La première particularité, c’est la sonorité. Une sonorité extrêmement romantique. On disait des pianos Pleyel, au temps d’Ignace Pleyel (fondateur de la manufacture) qui était autrichien naturalisé français, que c’étaient les plus viennois des pianos français. Il y a ce côté très Europe centrale du piano avec un son rond, coloré, puissant dans les graves, scintillant dans les aigus, équilibré dans les médiums. Il y a une belle couleur harmonique. La difficulté pour Pleyel aujourd’hui, c’est qu’il lui faut se battre avec les pianos chinois qui arrivent et qui sont vendus à prix de détail 1 500euros TTC. Il a fallu lutter en faisant des pianos haut de gamme et irréprochables.

Comment faire, dans ces conditions, pour rayonner aujourd’hui ?

Arnaud Marion : Ce que nous avons voulu avec M. Hubert Martigny (président de la manufacture Pleyel) depuis neuf ans, c’est faire réexister la marque auprès du grand public. Faire en sorte qu’elle veuille dire quelque chose, qu’il y ait un ADN fort dans l’esprit des gens. Pleyel, c’est le piano de Chopin, c’est du piano à queue haut de gamme. Ce sont de beaux pianos sur le plan esthétique et sonore. Tout cela diffuse la marque et participe de notre notoriété. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on a des pianistes qui viennent vers nous par rapport à la sonorité des pianos.

Pourquoi êtes-vous revenu à Saint-Denis en 2007 après avoir été longtemps à Alès ?
Arnaud Marion : Parce que Saint-Denis, c’est notre histoire de 1864 à 1961 avec la grande usine de Pleyel à l’emplacement de la tour du même nom. Un siècle de présence. Les pianos Pleyel, c’était Saint-Denis. Nous voulions être sur un lieu de passage, pas loin de Roissy, de Paris, du showroom et de la salle Pleyel. Je trouvais ça magnifique de revenir ici, en banlieue. C’est très intéressant en termes de mixité sociale, de population, d’être à Saint-Denis. Dans notre atelier, on parle sept langues, il y a six nationalités différentes. Nous travaillons avec la Fondation d’Auteuil qui nous envoie des orphelins apprentis. On travaille avec des décorateurs, des designers, mais je n’oublie pas que nous travaillons avec des ouvriers qui font ces objets de luxe. Le meilleur lien que nous puissions trouver, c’est de nous situer dans une ville où l’historique industriel est très fort. C’est un choix sociétal. Ici, on s’y sent bien, on est chez nous. On a été accueillis à bras ouverts par les politiques locaux, qui avaient une vraie volonté de retrouver une marque aussi prestigieuse chez eux.

Vous aimez définir Pleyel comme un «acteur de réintégration du 93». Allez-vous en direction des jeunes ? Quelles actions menez-vous dans ce domaine ?

Arnaud Marion : Nous avons accueilli sur notre site près de 5 000 personnes depuis 2007. On a eu ainsi une quinzaine de gamins l’an dernier, avec qui on a fait une visite de la manufacture, de la salle Pleyel, on a organisé un cours d’improvisation de piano avec un prof délirant qui arrive à les faire jouer au bout d’une heure à deux heures quelques rythmiques. Le but est de faire émerger le talent de ces enfants. C’est aussi leur montrer que le piano n’est pas quelque chose d’inaccessible, que l’on peut en faire son métier. Dans notre manufacture, il y a vingt métiers manuels, du vernisseur, ponceur au menuisier. On ne trouve plus ces corps de métier. Travailler en direction des jeunes, c’est permettre des révélations personnelles. Favoriser une politique d’apprentissage, c’est quelque chose que je veux développer pour pouvoir former systématiquement des jeunes.

Source : Entretien réalisé par Victor Hache paru dans http://www.l’Humanité.fr

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Natalie Dessay met sa voix en sourdine

Natalie Dessay est dans sa loge au Théâtre du Capitole. On vient de lui enlever la perruque dépenaillée de Manon, la courtisane morte sur le chemin du bagne dans les bras du chevalier Des Grieux, qu’elle a aimé, trahi, aimé à nouveau, avant de l’entraîner dans un tourbillon de plaisir et d’argent. Aux caméras de télévision qui l’attendaient à sa sortie de scène, elle lance un simple « C’est moi ! », comme pour rompre le charme qui a opéré plus de trois heures durant.

« Je suis soulagée », dira-t-elle en enlevant ses faux cils. Nous sommes mardi 15 octobre.   La cantatrice vient de chanter pour la dernière fois la Manon de Massenet, l’un de ses plus beaux rôles avec Lucia di Lammermoor, La Fille du régiment (Donizetti) ou Ophélie (Hamlet, d’Ambroise Thomas). Elle l’a annoncé haut et fort. Elle ne dérogera pas : « Je veux savoir ce que je vaux sans ma voix. »

« IL N’Y A PAS QUE L’AIGU DANS LA VIE ! »

Sa voix? L’une des plus belles révélations de ces vingt dernières années, une colorature aux aigus infaillibles, la pureté du laser, la sensualité du fruit. Avec cela, une aisance incroyable et une vraie nature de comédienne. Elle persiste: « Cela fait justement vingt ans que je me demande quelle artiste je suis. Je veux être fixée. » Elle a toujours été comme cela, Natalie Dessay, entre provocation et angoisse, comme lorsqu’elle déclarait crânement dès 1997 : « Il n’y a pas que l’aigu dans la vie ! » – la plupart s’en seraient contentés.

Tout à l’heure, dans la salle du Capitole, impossible de ne pas avoir le cœur serré dès l’ouverture qui déroule, telle une bande-annonce, les principaux thèmes qui accompagneront la fulgurante ascension de Manon puis sa déchéance. Quelle image garder de Natalie Dessay dans cette mise en scène de l’ami Laurent Pelly qui semble faite pour elle ? La gamine à tresse serrée et jambes fourmilières qui piaffe de connaître la vie ? La femme sûre de sa séduction paradant en bouillonnante robe rose et bibi à plumes ? La tentatrice en robe blanche, bras nus, venue jusqu’à Saint-Sulpice reconquérir Des Grieux sur le point de prononcer ses vœux ? Celle-là sûrement : torride, miraculeuse de sensualité incandescente. Un vrai couple de cinéma, beau, maudit et mythique, s’enlaçant sur le lit du péché et vocalement, au point qu’on se sent un peu voyeur. Le ténor américain, Charles Castronovo, stylistiquement impeccable, est une révélation.

« CE NE SONT PAS DES RÔLES, CE SONT DES AIRS »

Peu de chanteurs donnent autant que Natalie Dessay. Certes, la voix a marqué quelques signes de fatigue dans le médium (« Deux jours entre deux représentations, ce n’est pas assez », souffle-t-elle). Certes, le fameux et brillant « Je marche sur tous les chemins » de l’acte III est moins aisé qu’autrefois. Mais qu’elle ne nous dise pas qu’elle ne peut plus jouer les filles de 16 ans ! Des coups de cafard ? La soprano en a connu, elle dont la voix aérienne n’a jamais été son « genre ». De frustrations avouées – « j’aurais rêvé incarner les grandes héroïnes tragiques, Tosca, Butterfly, Salomé, Elektra » – en succès minimisés d’un revers.

S’en est-elle moquée, en effet, de ces idiotes sans cervelle à quoi l’assigne sa voix, ces poupées Olympia en forme de cocottes, ces Reine de la nuit supersoniques. « Ce ne sont pas des rôles, ce sont des airs », raillait-elle avec une belle injustice pour elle-même. Et puis il y a eu, entre 2002 et 2005, quasiment coup sur coup, deux opérations des cordes vocales – un pseudo-kyste sur la gauche, un polype sur la droite… Natalie Dessay a toujours flirté avec la marge.

« JE VEUX ESSAYER »

Très peu, comme elle, décident de bifurquer pour tenter autre chose. Certains le font faute d’avoir pu garder leur voix, ainsi le ténor Peter Hofmann (le Siegmund de Patrice Chéreau dans le Ring du Centenaire, à Bayreuth, en 1976) devenu star du rock. D’autres, par vocation religieuse, comme Teresa Stratas (inoubliable Lulu de Patrice Chéreau à l’Opéra de Paris en 1979), qui abandonna sa carrière après de nombreux séjours auprès de Mère Teresa à Calcutta…

A 48 ans, la Dessay a d’abord décidé de chanter autrement, des mélodies avec le pianiste Philippe Cassard (ils ont gravé un disque Debussy chez Erato), des duos avec son mari, le baryton Laurent Naouri, des chansons avec son ami Michel Legrand, avec qui elle reprendra le spectacle Entre elle et lui dès les 27 et 28 octobre à l’Olympia, à Paris (Natalie-dessay.com).

Mais elle veut surtout revenir au théâtre, sa passion première, qui lui a révélé sa voix alors qu’elle avait à peine 20 ans et a nourri si puissamment ses rôles. « Il y a un projet avec une pièce de Feydeau, un autre avec un auteur contemporain », lâche-t-elle avant de conclure : « Je m’apprête à vivre une nouvelle vie. Je sais que cela risque de ne pas être facile. Mais je veux essayer. Et puis le but n’est pas de devenir une star. »

Auteur : Marie-Aude Roux

Source : Le Monde, édition du 17 Octobre 2013

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Méthode de travail et étude d’une œuvre au clavier

Chaque pianiste est confronté à un moment ou un autre aux questions de plan de travail et d’approche d’un morceau.

Voici une petite feuille de route pour le travail d’une œuvre pianistique présentée en dix points :

Avant tout il est important de connaitre l’œuvre avant de la travailler au piano, c’est-à-dire qu’il faut l’avoir écouté de nombreuses fois pour s’imprégner de son caractère, de l’ambiance créée ainsi  que son style. Effectuez des recherches sur les motivations du compositeur, de son état d’esprit, de ses fréquentations ainsi que les événements susceptibles de l’avoir influencé à cette époque précise.

Il est essentiel de retarder le travail au piano le plus possible et d’étudier la partition méticuleusement afin d’éviter de se jeter sur les notes et ainsi passer à côté d’informations importantes.

1:

Identifiez toutes les structures rythmiques du morceau. Notez-les et travaillez-les séparément sur une table par exemple. Assimilez l’œuvre rythmiquement avant les notes puis essayez d’acquérir une pulsation libre et naturelle.

2:

Identifiez toutes les structures mélodiques et les entendre intérieurement, puis chantez les toutes à voix haute.

3:

Identifiez toutes les structures harmoniques ainsi que chaque accord puis nommez ces derniers. Essayez de les entendre intérieurement (pratique difficile mais enrichissante).

4:

Si l’œuvre contient du contrepoint, isolez chaque voix et écrivez-les séparément. Il faut connaitre chaque structure comme les morceaux d’un puzzle.

5:

Quand vous connaissez toutes les structures de l’œuvre, examinez les endroits qui ne semblent pas y appartenir.

6:

Abordez la question de temps forts et de temps faibles. Notez tout les accents et déterminez s’ils sont rythmiques, mélodiques ou harmoniques.

7:

Rassemblez toutes les structures de l’œuvre puis, examinez celles qui sont répétitives (par exemple celles qui se trouvent une tierce au dessus ou une quinte en dessous) et notez les différences ainsi que les similitudes.

8:

Notez toutes les progressions harmoniques répétées ainsi que les cadences puis notez toutes les dissonances ainsi que leurs résolutions.

9:

Notez la tonalité de chaque phrase puis déterminez l’endroit exact de chaque modulation.

10:

Examinez les nuances et notez toutes les incongruités, qu’elles soient rythmiques, harmoniques ou mélodiques.

Cette feuille de route constitue un point de départ pour l’analyse synthétique d’une œuvre et n’est en aucun cas exhaustive. Elle a pour but d’appréhender de façon plus concrète le travail sur partition et d’inciter une personne à la réflexion afin de mieux assimiler les informations contenues dans la partition.

 

Source: Mickael Wladkowski

© Charles-Edouard Berlioz 2013

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Reflexions sur l’approche pédagogique de l’enseignement du piano

La phrase musicale :

La voix humaine est le premier instrument de musique créé par l’homme. A l’époque de la Préhistoire, l’Homme produisait des sons lors de regroupement d’individus après une bataille victorieuse, une cérémonie ou une chasse fructueuse. Il me semble important de préciser ceci car la musique classique est fondée sur la voix. En effet, le rythme d’une phrase musicale se base sur celui d’une phrase linguistique. Le fait d’accentuer tel ou tel mot donne un sens particulier à la phrase.

De plus, la notion de ARSIS / THESIS  (tension / détente) est un élément clef dans la construction et l’élaboration de la phrase musicale et ce jusqu’à l’émancipation de la dissonance par Arnold Schoenberg. L’accentuation se fera sur la dissonance et le relâchement sur la résolution. En pratique, si l’on joue une septième de dominante (Do-Mi-Sol-Si)  la tension se fera sentir sur cette dernière alors que la détente (relâchement) se fera sur la résolution (Fa-La).

Construction d’une phrase musicale :

La construction la plus largement répandue est celle en carrures (4 mesures + 4 mesures). On peut donc décomposer une phrase musicale de huit mesures en deux parties appelées « question » et « réponse », chacune constituée de quatre mesures.

Dans chaque phrase il existe généralement un point culminant. La phrase est construite de la façon suivante :

Ex : Début – Point culminant – Chute.

=>  Bonjour je m’appelle monsieur X, je joue du piano.

Ici le sujet et centre de la phrase est « monsieur X ». C’est donc le point culminant de notre phrase. La tension va donc grimper jusqu’à ce point (nous sommes arrivé au point culminant). S’ensuit la chute car après un point culminant on ne peut que descendre. On a donc le relâchement de la tension, ou détente.

Par ailleurs il est important de faire une analyse du morceau avant l’exécution pour cerner la forme et le ou les thèmes différents.

Position au clavier :

Quand l’élève est assis à son clavier il est important d’avoir une position aussi naturelle que possible. En ce qui concerne la hauteur du tabouret, il est important d’être assis de manière à ce que les bras soient perpendiculaires au clavier. De plus, le poignet ne doit pas être « cassé » : le poignet doit former un pont droit entre le bras et le clavier : si l’élève est assis trop haut son poignet formera une déclivité alors que s’il est assis trop bas le poignet formera une bosse.

La main :

Ici encore il est important d’avoir une position détendue et naturelle. Toute crispation empêchera une bonne exécution au clavier et entraînera des problèmes à l’avenir. Il faut imaginer que l’on tient une balle de tennis dans la main. Cette position permet une disponibilité des doigts et permet une position neutre ainsi que naturelle. Chopin quant à lui préconisait une position semblable que l’on peut obtenir en posant sa main droite sur les notes suivantes (de gauche à droite) : Mi –  Fa dièse – Sol dièse – La dièse – Si.

Les doigtés :

Un doigté par définition ne doit pas être si difficile qu’il demande plus d’attention dans la réalisation que la phrase musicale elle-même. Il est important de privilégier des déplacements qui regroupent un maximum de notes dans une même position afin de réduire le nombre de déplacements.

Notion de direction et de sens : 

J’introduis ici la notion de groupement technique : un problème technique (passage difficile, trille, mordant, etc.) est généralement dû à une mauvaise approche du passage. Il est intéressant de regrouper les notes par montées et/ou par descentes.

Ex : Do – Ré – Mi – Fa – Sol /  Fa – Mi – Ré – Do.

Ici on regroupe les cinq premières notes car elles montent, puis on regroupe les quatre dernières car elles descendent. De cette façon le cerveau traite plus  facilement l’exécution dans la vitesse car il n’y a que deux choses à exécuter ici : une montée (en utilisant la totalité des doigts de la main) et une descente (en redescendant jusqu’au pouce).

Il est néanmoins très important de préciser qu’il s’agit exclusivement d’un groupement technique afin de faciliter la réalisation du passage et non un groupement en vu de phraser les notes. Ce genre de groupement ne doit donc en aucun cas être utilisé pour phraser, simplement pour organiser.

Le geste :

Voici un thème sensible dans l’enseignement. Certaines écoles préconisent une liberté totale au niveau de la gestuelle afin de favoriser l’expression alors que d’autres insistent sur une sobriété frôlant la raideur.

Il me semble que pour tout geste effectué il faut pouvoir en justifier l’existence. Ici encore il faut être très détendu quand on joue. Si l’étude de la tension et de la détente dans la phrase a été correctement effectuée le geste sera naturel. Je reviens à la septième de dominante et sa résolution : la tension et donc pression (ou accentuation) s’effectue sur la septième alors que la détente (et donc le relâchement) s’effectue sur la résolution. L’élève peut s’aider de son bras pour appuyer la septième alors que la résolution peut s’effectuer sans aucun poids…

Il faut absolument éviter le « geste de compensation » qui consiste à effectuer un geste « artistique »  afin de compenser le manque de sonorité ou de timbre ou pour feindre une émotion. Que l’on effectue un geste exagéré ou non le son ne changera pas, le geste peut donc être considéré comme «  geste parasite » car il utilise de l’énergie et de la concentration et ne règle pas la question du son.

Voici donc une première approche pédagogique qui n’est en aucun cas exhaustive. Elle est le fruit de mes observations et de mes expériences, et à ce titre est tout à fait personnelle.

© Charles-Edouard Berlioz 2013

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Les Préludes du Clavier Bien Tempéré, Tome I, Formes et Styles

Entre 1717 et 1723, J.S. Bach est à Köthen; il s’agit sans doute de la période la plus prolifique de Bach pour le Clavier. Son langage se fait radicalement plus souple et évident, le contrepoint gagnant une fluidité unique sans rupture avec la facilité dansante des thèmes. C’est la période des Préludes, des Inventions à deux ou trois voix et du premier recueil du Clavier Bien Tempéré qui est achevé en 1722.

Le Clavier Bien Tempéré n’est pas destiné à un instrument en particulier et, selon les pièces, peut s’accommoder du clavecin, du clavicorde ou de l’orgue, et s’est accommodé du pianoforte et du piano depuis.

Prélude : forme musicale de structure libre placé au début d’une œuvre qui en compte plusieurs ou d’un concert. Le mot vient du latin : prae, « qui précède » et ludo, -es, -ere, « jouer ».

À l’origine, le Prélude est un développement des improvisations de l’artiste qui se prépare à jouer, et  lui permet de vérifier l’accord de son instrument (important pour les instruments qui se désaccordent très vite, tel le luth).

L’idée cependant que le prélude a pour vocation de désengourdir les doigts avant d’entamer une fugue ne parait pas pertinente dans le Clavier Bien Tempéré : chaque prélude se présente comme une sorte d’étude ayant sa vie et sa légitimité propres. Selon les cas dans ces préludes, on peut parler d’invention à deux ou trois voix, de mouvements de danse, de toccatas, d’arias, de pièces homophoniques, de pièces contrapuntiques, de fantaisies, de sonates en trio, voire de concertos.

Il est intéressant de noter que les préludes du premier tome du Clavier Bien Tempéré ont une approche verticale et harmonique. De plus, le plan tonal favorise les degrés tonaux.

Formes et Styles :

On distingue quatre formes « prédominantes »  dans ce premier tome :

–          Le Prélude improvisé,

–          La Toccata,

–          L’Aria,

–          L’Invention.

De plus, au sein de ces quatre formes, on distingue quatre styles principaux :

–          Le style luthé (car il évoque le luth),

–          Le style brillant,

–          Le style chanté,

–          Le style en imitation.

Rappelons qu’à l’époque de Bach, le prélude était une forme libre, c’est-à-dire une sorte d’improvisation où l’instrumentiste pouvait donner libre cours à son imagination.

Dans les vingt-quatre préludes de son premier livre, Bach ne se soumet à aucune organisation apparente. Il privilégie la diversité, la liberté et l’imagination.

 

Le prélude improvisé :

–          Prélude n°1 en Do Majeur : Les trente six mesures de ce prélude sont construites entièrement sur un motif d’accords brisés. Notons qu’il était très courant à l’époque de Bach de construire un prélude  sur un tissu d’harmonies brisées, dans le style des improvisations des luthistes. Notons par ailleurs que le ton de Do domine ce prélude du début jusqu’à la fin.

–          Prélude n°6 en ré mineur : Ce prélude est une œuvre comme une étude ou un morceau de virtuosité pour la main droite. On distingue un dessin constant de triolets de doubles croches avec des croches à la main gauche. Notons une descente chromatique à la main droite dans les deux dernières mesures qui précèdent la coda qui finit sur une tierce Picarde en Ré Majeur.

–          Prélude n°12 en fa mineur : Ici le thème est constitué d’arpèges et de broderies. On distingue de multiples modulations au cours du morceau, et ce n’est que vers la fin que l’on retrouve la tonalité initiale sur une pédale de Dominante qui s’établit à la mesure 17, c’est-à-dire six mesures avant la fin.

La forme Prélude improvisé n’est employée que pour trois de ces préludes. Bien que le Prélude improvisé soit une forme libre avec, en apparence, aucune obligation, rappelons qu’il était très courant à l’époque de Bach de construire un prélude  sur un tissu d’harmonies brisées, dans le style des improvisations des luthistes, élément que l’on distingue clairement dans ces trois préludes. Le compositeur n’emploie que des mesures binaires  à quatre temps pour cette forme.

 

La forme Toccata :

–          Prélude n°2 en do mineur : Ce morceau est sous forme de toccata ou d’étude de virtuosité. Il est basé sur un motif de doubles croches dans les deux mains. On distingue deux parties différentes : une première partie composée de doubles croches aux deux mains sans interruption et une deuxième partie comportant l’indication « Adagio » sous forme d’improvisation dans le style d’un récitatif qui mène à une conclusion qui finit sur une tierce Picarde.

 

–          Prélude n°5 en Ré Majeur : Cette œuvre est aussi sous forme d’étude de virtuosité, cette fois-ci pour la main droite. Notons encore une fois qu’aucun silence ne vient interrompre ce mouvement continu de doubles croches. La main gauche quand à elle est constituée de croches sur chaque temps qui ponctue le discours de la main droite.

–          Prélude n°10 en mi mineur : On pourrait découper ce prélude en deux parties : la première, constituée de doubles croches sans interruption à la main gauche que l’on pourrait qualifier de basse continue, avec une mélodie à caractère expressif à la main droite qui s’enchaine directement sur la deuxième partie. Ici, on retrouve une des rares indications de tempo du compositeur à la mesure 23 : « Presto ». Cette partie est sous forme de toccata avec un tempo rapide constituée de doubles croches aux deux mains. La main gauche reprend le dessin du début.

–          Prélude n°15 en Sol Majeur : Ce prélude est rapide et plutôt court (19 mesures). Il est construit sur un motif d’arpèges qui passent d’une main à une autre, jusqu’à la fin de l’œuvre qui se termine de manière brusque.

–          Prélude n°21 en Si bémol Majeur : Ce prélude est une toccata courte (20 mesures), rapide et virtuose, construite sur des accords brisés et des montées et descentes de gammes.

La forme toccata est employée pour cinq de ces préludes. L’aspect brillant, virtuose et rapide, avec des roulements de gammes ou des motifs d’arpèges, est caractéristique. Bach emploie pour chacun de ces préludes une mesure binaire à quatre temps.

La forme Aria :

–          Prélude n°4 en do dièse mineur : Ici, le thème est calme et assez lent et les deux mains s’entremêlent dans un jeu de questions-réponses que l’on pourrait presque qualifier d’imitations. Notons une succession de marches harmoniques dans la deuxième partie du prélude (mesure 20, dernier temps). Le morceau s’achève avec encore une fois une tierce Picarde.

 

–          Prélude n°8 en mi bémol mineur : Cette œuvre est caractérisée par un thème lent, triste et presque plaintif qui pourrait être un récitatif. Une multitude de broderies, de retards et d’appogiatures viennent se mêler à la mélodie. On remarque une coda longue (mesure 28-29) qui fait passer la mélodie d’une main à l’autre jusqu’à la fin.

–          Prélude n°10 en mi mineur : Bien que la deuxième partie de ce prélude soit virtuose tel un mouvement de toccata, la première partie met en avant une mélodie ornée et expressive sur une basse continue de doubles croches.

–          Prélude n°16 en sol mineur : Notons ce long trille dès le début de l’œuvre à la main droite sur le degré de la tonique. Ce prélude présente un thème mélodique et expressif. Une succession de marches harmoniques s’ensuit avec une écriture à trois voix. De ce fait, on pourrait presque qualifier cette œuvre d’invention.

–          Prélude n°20 en la mineur : Notons deux caractéristiques majeures ici avec une mesure à 9/8 qui donne un caractère dansant à ce prélude et l’aspect de thème et variations – ou air varié.

–          Prélude n°22 en si bémol mineur : Bien que l’on trouve une mélodie lyrique à la main droite et ce que l’on pourrait qualifier de basse obstinée à la main gauche, ce prélude est une exception par son aspect polyphonique (écriture à quatre et cinq voix). Il garde cependant son caractère chantant.

Bach emploie cette forme pour six de ces préludes. Le style est caractérisé par l’aspect généralement calme, chantant et plutôt simple (bien que souvent ornées) des mélodies avec des jeux de questions-réponses ainsi que des marches harmoniques. Bach ne privilégie aucune mesure : trois de ces préludes employant une mesure ternaire,  les trois autres employant une mesure binaire.

 

La forme Invention :

–          Prélude n°3 en Do dièse Majeur : Ce morceau est une invention à deux voix construit sur un jeu d’arpèges et un schéma de doubles croches qui passent d’une main à l’autre.

–          Prélude n°7 en Mi bémol Majeur : Ce prélude a comme particularité d’être construit sur une forme fuguée à quatre voix.

–          Prélude n°9 en Mi Majeur : C’est un prélude à trois voix, construit sur des arpèges d’accords parfaits.

–          Prélude n°11 en Fa Majeur : Il est en forme Invention à deux voix avec un thème qui passe d’une main à l’autre et un caractère d’étude de virtuosité.

–          Prélude n°13 en Fa dièse Majeur : Une invention à deux voix construite sur un motif d’arpèges.

–          Prélude n°14 en fa dièse mineur : Une invention à deux voix. Ici le thème passe d’une main à l’autre en dialogue.

–          Prélude n°17 en La bémol Majeur : Avec un style de concerto ou d’ouverture, ce prélude mêle dialogue en imitation entre les deux mains et retours de thème.

–          Prélude N°18 en sol dièse mineur : Une invention à trois voix avec le thème qui passe d’une voix à l’autre. Ce prélude recèle nombre d’imitations et de canons.

–          Prélude n°19 en La Majeur : Une invention à trois voix dans un style de danse. Notons plusieurs motifs en contrepoint.

–          Prélude n°23 en Si Majeur : Ce prélude est une invention à trois voix avec une pédale de tonique à la main gauche au début et simultanément le thème à la main droite. Les voix s’alternent dans tout le reste du morceau.

–          Prélude n°24 en si mineur : Notons tout de suite la basse continue à la main gauche dans cette invention à trois voix avec les deux voix supérieures qui dialoguent entre elles en imitation.

La forme Invention est celle que Bach utilise le plus au cours de ces vingt-quatre préludes : onze d’entre elles emploient  cette forme. La polyphonie, le jeu en imitation, le style concertant et le dialogue entre les voix la caractérisent. Quant à la mesure, six de ces préludes ont une mesure ternaire et cinq ont une mesure binaire. Bach ne privilégie donc aucune des deux.

Sources :

–          Le Clavier Bien Tempéré – Tome I – Jean Sébastien Bach, BWV 846-869 (édité par Alfred Dürr, Urtext der Neuen Bach-Ausgabe, Bärenreiter 1980) ;

–          Tout Bach sous la direction de Bertrand Dermoncourt (Collection Bouquins, édition Robert Laffont 2009) ;

–          Guide de la Musique de Piano et de Clavecin sous la direction de François-René Tranchefort (Collection Les indispensables de la musique, édition Fayard 1987).

© Charles-Edouard Berlioz 2013

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CHE COSA E AMOR

Vous ne saviez pas quoi faire samedi soir? Pourquoi ne pas avoir assisté à la représentation de « Che cosa e amor« ?!

Situé derrière le Jardin des Plantes dans le cinquième arrondissement de Paris, le petit centre culturel « La Clef » accueillait un groupe de cinq chanteurs et leur pianiste pour une soirée autour des airs d’amour de Mozart accompagnés de textes de Roland Barthes.

Le spectacle commence avec l’ouverture des Noces de Figaro au piano. Je salue d’entrée la pianiste qui a réussi a nous transporter dans l’univers festif de Mozart et « les Noces » malgré un piano au toucher capricieux! Une fois les autres montés sur scène on avait droit aux chaises musicales, façon astucieuse de faire la transition entre arrivée de la troupe et fin de l’ouverture. Alternant airs d’opéra, mises en scène pleines d’humour (je retiens l’air de Papageno dans la Flûte enchantée parlant de trouver l’amour et finissant par se pendre) et textes de Barthes, on voyage d’opéra en opéra et de scène en scène avec l’enthousiasme d’un enfant qui mange sa glace.

Démarrant la soirée sceptique (je ne connaissais pas Barthes avant et étant puriste quant à la musique classique je me méfie d’un Papageno qui se pend) je n’ai pas vu l’heure passer. La troupe nous a fait vivre un moment chaleureux, presque familial.

Si je dois retenir une chose de cette soirée je dirais que plus de deux cents ans plus tard, Mozart a encore et toujours l’art de nous réunir et nous mettre de bonne humeur.

© Charles-Edouard Berlioz 2012

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